les peintures corporelles rituelles
Les peintures corporelles sont utilisées à des fins diverses: pour embellir
le corps «naturel» et le transformer, pour se différencier des autres individus
ou au contraire marquer une appartenance, ou encore pour des raisons spirituelles.
C’est une manière parmi d’autres dont disposent les individus pour communiquer
avec leurs semblables.
Elles sont répandues sous différentes formes sur tout le globe et remontent
à la préhistoire (les fouilles livrent régulièrement de nombreux vestiges qui témoignent
de l’usage de la peinture corporelle durant le Paléolithique, il y a plus de 10 000 ans).
Elles sont éphémères mais on peut leur apparenter d’autres pratiques à effet plus durable,
comme les tatouages (beaucoup utilisés en Océanie), les scarifications et les mutilations.
Les peintures corporelles sont liées aux autres arts mais aussi aux croyances
et aux techniques des différentes civilisations. Par exemple, chez les Aborigènes d’Australie,
les peintures sur toile, récentes, reprennent parfois des motifs et des techniques utilisés
pour peindre les corps pendant les danses rituelles. Les peintures corporelles peuvent aussi
être le stade précurseur de l’utilisation de colorants pour les textiles.
Les matières utilisées pour fabriquer une couleur sont d’origine végétale, minérale et animale.
Les pigments sont très variés: charbons divers, cendres, suie, boue, sucs et graines de fruits, etc.
Les couleurs universellement les plus importantes sont le rouge, le noir et le blanc.
Les autres couleurs sont surtout utilisées comme éléments décoratifs. Souvent une matière
colorante est mélangée à un liant (par exemple, la graisse, l’eau ou l’huile) avant d’être
appliquée sur la peau.
En Amérique du Sud, les peintures corporelles sont parmi les ornements les plus sophistiqués.
Elles sont éphémères, changent tout au long de la vie des individus et marquent le statut.
Les couleurs principalement utilisées sont le rouge, le noir et le blanc. Le rouge et l’orange
sont obtenus en mélangeant de la poudre de graines de rocouyer (Bixa orellana) avec
de l’huile de palme ou avec de l’eau. Le noir s’obtient à partir de la pulpe du fruit genipapo
(Genipa americana) ou du charbon de bois. Le blanc, d’utilisation plus rare, est une couleur minérale,
de l’argile blanche. Ainsi, les hommes et les femmes de la tribu des Oyana, au pied du Tumuc-Humac,
dans la forêt amazonienne, se teignent le corps en rouge soleil avec du rocouyer,
puis ils tracent des signes au moyen d’une argile beige chamois et d’une encre noir violet
extraite d’un fruit de la forêt, le pichouchouk. Ce peuple dessine presque exclusivement sur la peau
(sur toutes les parties du corps, surtout le visage, les hanches et les cuisses) et les dessins
figuratifs sont un langage d’initiation.
Les Onges, pygmées des îles Andaman, utilisent des couleurs minérales (rouge, jaune, noir et blanc)
mélangées à de l’huile de tortue, comme protection symbolique contre les maladies.
Chez les Manja du Sud du Tchad, pendant leur initiation, les jeunes garçons se maquillent de noir
de la tête aux pieds avec de la poudre de charbon de bois soigneusement écrasée.
Ils se peignent ensuite mutuellement divers motifs en blanc et en noir sur le corps.
En Afrique, en République Démocratique du Congo, les devins et les rois Luba se couvrent de kaolin
(argile blanche au grain grossier) comme signe de bonne volonté et de pureté.
La symbolique des couleurs varie d’une société à l’autre.
En Occident, le noir est couleur de deuil alors que dans beaucoup de sociétés c’est le blanc
qui évoque la mort: tiré de la poussière d’argile prise directement dans la terre stérile,
le blanc est généralement associé au deuil ou à la purification. Une autre couleur à forte
connotation symbolique est le rouge: l’ocre rouge, tirée de la terre fertile, couleur de sang,
est souvent symbole d’énergie vitale et de fécondité.
En Afrique, le noir, qui évoque la nuit menaçante et le chaos primordial, est signe d’impureté;
pour les initiés, il symbolise le néant dont ils vont émerger.
Pour conclure, il ne faut pas oublier notre propre société en parlant de peintures corporelles.
Les pratiques ayant pour but d’embellir ou de donner du sens au corps sont en effet courantes:
maquillage chez les femmes et chez les clowns, pour des fêtes costumées, chez les supporters
d’équipes de football, ou «body-art», pour ne citer que quelques exemples d’utilisation
de peintures sur le corps humain.
Cardon Dominique. 2003. Le monde des teintures naturelles. Paris: Belin.
Thévoz Michel. 1984. Le corps peint. Genève: Skira, collection «Les illusions de la réalité».
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